MONSr LE MARESCHAL DE BRISSAC, A THURIN

Joinville,
4 avril [1551-1552.]

MONSr le Mareschal,
je n’ay volu laisser partir vostre secrétaire, présent porteur, sans l’accompaigner de la présente pour toujours me rementevoir à vous, & aussi pour vous faire entendre que le Roi est sur son partement, de quoi nous sommes trestous en grand poine; si est ce que l’espérence que nous avons que ce lui reviendra à proffit nous faict passer une partie de nostre ennuy; vous pouvant bien assurer, monsr le Mareschal, que le dict Sgr vous porte si bonne vollenté qu’il n’est possible de plus, & se repose entièrement en vous des affaires de par là; &, toutes les fois que je luy tiens propoz de vous, je congnois qu’il vous a à une telle oppinion que le pouvés souhaicter, & m’a dict qu’on ne luy sçavoit imprimer chouse de vous, que ne soit bonne & honneste pour l’amitié qu’il vous porte; qui me faict vous prier, tant que je puys, mectre poyne de vous resjouir & faire la meilleure chière que pourrés; & suys aussi aise de ce que avés recouvré vostre senté que de chouse qui me fust sceu advenir. Je vous prye ne vous mectre rien à la teste qui vous revienne à fascherie, & vous ferés beaucoup pour la conservation de vostre senté, que je désire bonne sur toutes chouses, veu les affaires qui se présentent pour le service du Roi. La suffisance de ce dict porteur me gardera vous faire plus longue lectre, si ce n’est de vous assurer que si vous avés affaire de moi en quelque endroict, vous me trouverés tousjours d’aussy bon cueur à vostre commendement, que je m’en voys recomander bien fort à vostre bonne grâce; priant le créateur vous donner, monsr le Mareschal, bonne vie & longue.


A Joinville,
ce IIIIe jour d’apvril.
Vostre plus antyèremant bone amie.
DIANNE DE POYTIERS.

Monsr le Mareschal, vous advise que la Reine a esté fort mallade du poulpre que lui estoit venu; mais à ceste heure elle se porte beaucoup mieulx, Dieu merci; & si vous puis assurer que le Roi a faict fort bien le bon mari, car il ne l’a jamais habandonnée.

Monsr le Mareschal, I did not wish to let your secretary, the bearer of this, depart, without accompanying him with these presents, to remember me to you always, and also to inform you that the king is about his departure, whereat we are all in grief, save that the hope we have that it will be to his profit does away with a part of our sadness. Being able to assure you, Monsr le Mareschal, that the said lord bears you such good-will that it could not be more, and entirely trusts in you for affairs there, and every time that I talk with him of you I know that he has of you such an opinion as you can wish, and has said to me that no one could persuade him anything of you that is not good and honourable for the friendship he bears you, who bids me entreat you, as much as I can urge you, to be glad and make the best cheer in your power: and I am as happy that you have recovered your health, as of anything that could happen to me…Monsr le Mareschal, I advise you that the queen has been very ill of the purples that had come upon her, but at this hour she is much better, God be thanked, and I can tell you that the King has very well played the good husband, for he has never left her.

Paris,
13 janvier [1552-1553.]

MONSr le mareshal,
j’ai receu la lectre que m’avés escripte par ce porteur du XXXVIIe du passé, & par luy entendu l’estat des affaires de par delà, & mesmes comme don Ferrant a faict lever son camp devant Albe pour venir assiéger St Amiens, de quoi je suis très aise, espérant qu’il n’i fera non plus qu’il a faict audict Albe, & qu’il y recepvra, moyenant vostre bonne aide & conduyte, aussi grand honte que l’Empereur a faict devant Mectz, lequel s’en est allé sans dire adieu; dont ceste compaignye est si consollée, qu’il n’est possible de plus, & non sans cause, car s’est ung des plus grandz heurs qui fust peu advenir pour la réputation & grandeur du Roi, dont nous debvons bien remercier Nostre Sr, voiant tant de faveur & bien qu’il nous faict. Et quant à ce que mendés pour avoir de forces plus que vous n’en avés, je vous puis assurer que le Roy ne vous veult point laisser desproveu, & spère qu’il y remédiera si bien qu’en aurés contantement, comme mieulx pourrés entendre par la despeche qu’il vous faict, qui me gardera vous fère aultre discours. Au reste, monsr le mareschal, je vous remercie bien fort la bonne souvenance que vous avés de mon filz d’Aumalle, duquel je ne vous puis mender aultre chouse pour n’en avoir point ouy de nouvelles il y a longtemps; si j’en puis sçavoir je ne faudray vous en advertir, comme cellui que j’estime de mes meilleurs amis; & si cepandant vous me vollés emploier en quelque endroict, je vous prye de croire que vous me trouverés toujours d’aussi bon cueur à vostre commandement que je m’en vois recomander bien affectueusement à vostre bonne grâce; priant Nostre Sr vous donner, monsr le mareschal, bonne & longue vie.

A Paris,
ce XIIIe jour de janvier.
Vostre plus que antière bone amie,
DIANNE DE POYTIERS.

 

 

 

Montargis,
MONSr le mareschal,
le Sr Cippion, présent porteur, que congnoissés, qu’est lieutenant de la compaignie de chevaulx-légiers que le Roi a donné à mon nepveu de la Vauguion, s’en va par delà pour assembler & dresser une partie de ladite compaignie; & pour ce qu’il luy est nécessaire d’avoir ung villaige pour fère assembler ses souldardz, je vous ai bien volu escripre ceste lectre; &, pour tant que je puys, de l’avoir pour recommandé, & le favoriser en tout ce que pourrés, & lui faire bailler ung villaige qui lui soit commode pour dresser partie de ladite compaignie, en payant raisonablement, comme font les aultres souldardz de chevaulx-légiers; ilz n’y seront guyères de ce jour qu’ilz ne soient mandés comme scavés, & m’assurant que [ne] ferés difficulté, je ne vous en manderai autre chouse, si ce n’est de vous dire que si me vollés emploier en quelque endroict pour vous faire plaisir, vous me trouverés d’aussy bon cueur à vostre commandement que je me voys recommander bien fort à vostre bonne grâce; priant Nostre Sr vous donner, monsr le mareschal, bonne & longue vye.

A Montargis,
ce XXIIIIe jour de janvier.
Vostre plus que antière bonne amie,
DIANNE DE POYTIERS.

 

 

Les Marchais,
28 juin [1554].

MONSr le mareschal,
j’ay receu la lectre que m’avés escripte par Planci, vostre secrétaire, présent porteur, & par lui entendu l’estat des affaires de par delà, de quoy j’ai esté‚ bien fort aise & aussi de la bonne chière que vous faictes, vous remerciant, tant qu’il m’est possible, la bonne souvenance que avés de moi, vous pouvant bien assurer que ne la sçauriés avoir de personne qui soit plus à vostre commandement que moi, ne que plus désire s’emploier pour vous que je faictz; vous m’avés escript en faveur des crieurs de St Jullien & de Firmyn, ausquelz je aiderai de toute ma puyssance pour leur faire avoir expédition des affaires qu’ilz poursuyvent, encores qu’ilz soient venuz en une bien maulvèse saison, pour raison que le Roi est sur son partement pour aller au camp; & toutz ceulx qui despendront de vous me feront tousjours en aultant bonne recommandacion que mes propres serviteurs; vous priant, monsr le mareschal, ne vous ennuyer à me faire souvant entendre de voz nouvelles, &, pour aultant que ce dict pourteur vous dira le surplus, je ne vous ferai plus long discours, me remectant à sa suffisance. Et en sest endroict je m’en vois recommander bien fort à vostre bonne grâce; priant le Créateur vous donner, monsr le mareschal, bonne vie & longue.

A Marchetz,
ce XXVIIIe jour de juin.
Vostre plus que antyère bonne amie,
DIANNE DE POYTIERS.

 

 

 

Villers-Cotteretz,
1er avril [1558-1559.]

MONSIEUR le mareschal,
j’ai veu par les lectres que vous m’avez escriptes la confiance que vous avez en moi, que ne sçauriez avoir de personne qui vous soit plus amye, comme vous cognoistrez toujours par effet, l’occasion s’offrant. J’ay davantaige veu vos dictes lectres si honnestes & saiges que je les ai bien voullu montrer au Roi, qui les a trouvés telles; & quant à ce qu’il ne vous avoit point mandé la résolution de la paix, est parce qu’elle n’estoit encore asseurée, ny conclue; mais maintenant que grâce à Dieu elle est faicte, Sa Majesté vous en advertit, & donnera ordre à toutes choses, espérant aussi que les guerres civilles prandront fin par mesme moyen. Au reste, je croy que bientost vous pourrez estre par deçà, où, & en temps & lieux, vous me trouverez tousjours bien preste à vous faire plaisir, & aussi bonne amie que, de bien bon cueur, je me recommande à vostre bonne grâce; priant Dieu, monsieur, vous donner en santé bonne & longue vie.

A Villiers-Costeretz,
ce premier jour de avril.
Vostre myleure & afetionnée amye,
DIANNE DE POYTIERS.

St-Germain-en-Laye
[avril 1559].

MONSIEUR le maréchal,
je n’é pas voulu laisser aller ce présent porteur, sans vous fère ce mot de lectre, pour vous asseurer toujours ma continuelle bone volunté que je ne me lasseray jamès, quant j’aray moyen, de vous rendre plaisir. Je vous ferès plus longue lectre, n’estoit que monsr de Gonor est trop sufisant pour vous rendre compte tant de nostre bien que du mal, qui me gardera vous en fère longue lectre, si n’est de vous présenter mes affectionnées recommendacions, d’aussy bon cueur que je les vous sçaurois faire; pryant Dieu, monsr le mareschal, vous doner aultant de contentement que je vous en désire.

A St-Germain-en-Laye,
de Vostre plus qu’entyèrement bone amye,
DIANNE DE POYTIERS.