MADAME DE HUMYÈRES

Anet,
18 juillet [1550].

MADAME mon alyée,
j’ay entendu l’inconvéniant qu’est advenu à monsr d’Humyères, de quoy je suys si marrye qu’il n’est possible au monde de plus; & vouldrès que ma lectre vous peult servir de quelque bon reconfort, comme je vous diroys, si j’estoys au près de vous; mays je vous estime si sçaige que vous prandrés les chouses le plus doulcement que vous pourrés, ce que je vous prye faire, & ne vous tourmenter que le moins qu’il vous sera possible, affin que d’ung mal vous n’en faictes pas deux, vous assurant bien, madame mon alyée, que en tout ce que je me pourray emploier pour vous & voz enfans que je le feray toute ma vye d’aussi bon cueur que je me recommande bien fort à vostre bonne grâce; priant Nostre Sr vous donner, madame mon alyée, bonne vye & longue.

A Ennet,
ce XVIIIe jour de jullet.
Votre antyèremant bonne alyé & amye,
DIANNE DE POYTIERS.

 

Anet,
20 juillet [1550].

MADAME mon alyé,
le Roy vous anvoye se pourteur pour vous vysyter & réconfourter de la perte que avés fète, &, vous assurer que, de sa part, il an nest tout deplésant, de quoy je ne m’an ébéys pas, veu la perte quyl a fète pour son servyse, & ausy pour seluy de monsr son fys, & vous puys assurer quy ly an na beucou quy vous tyenne bone conpagnye, &, de ma part sy je vous an pouvès aléger de seluy que j’aurès, connestryés comme je vous suys amye & à tous vouz anfans que là hoù me voudrés anplyer me trouverés autant [à] vostre commandemantnt que je désyre demeurer,

Vostre byen antyèremant bone alyé & amye,
DIANNE DE POYTIERS.

 

Mauny,
8 novembre [1550].

MADAME mon alliée,
j’ay parlé au Roy est à la Royne pour savoir leur voullonté sur ce qu’aviés affaire des meubles est aultre choses qui estoint à la chenbre de feu monsr d’Orléans; ce qu’ilz entende que pregniés & fassiés conme bon vous senblera conme gouvernente; est, pour ce que j’ay prié vostre filz de Contay vous esripre de mes nouvelles, ne vous ferés que ce most; priant Dieu, madame mon alliée, vous donner ce que désirés.

De Mauny,
ce VIIIe jour de novembre 1550.
Vostre antyèremant bone amye,
DIANNE DE POYTIERS

 

Orléans,
14 décembre [? 1550.]

MADAME mon alyée,
j’ay receu la lectre que m’avés escripte, &, par icelle entendu ce que me mandez, sur quoy j’ay faict entendre à ce porteur ce qu’il m’en semble pour vous le dire & comme y debvez user; toutesfoys j’ay espérance de vous voir avant que ses propoz soit mys en avant, qui me gardera vous en dire aultre chouse, après vous avoir assuré que vous me trouverés tousjours vostre meilleure amye en tout ce que vous me voudrés emploier pour vous fère plaisir, & sera d’aussy bon cueur que je me recommande bien fort à vostre bonne grâce; priant Nostre Sr vous donner, madame mon alyée, bonne vye & longue.

A Orléans,
ce XIIIe jour de décembre.
Vostre antyèrement bone alyé,
DIANNE DE POYTIERS.

 

De Blois,
23 décembre [? 1550].

MADAME mon alyée,
le gouverneur du petit taboret m’a baillé ung placet, lequel je vous envoye, & par icelluy verrés le service qu’il a faict sans avoir esté jamays satisfaict; &, pour ce qu’il dict qu’on luy avoit promys une place en la fourrière de monsr, vous ay bien volu escripre ceste lectre, & pour bien fort l’avoir pour recommandé & luy ayder à le faire prouvu de ladicte place ou de quelque aultre, à ce qu’il puysse avoir moien de vivre, & me ferez bien plaisir; qui sera fin, après avoir pryé nostre Sr vous donner, madame mon alyée, bonne vye & longue.

A Bloys,
ce XXIIIe jour de décembre.
Vostre antyre bone alyé & amye,
DIANNE DE POYTIERS

 

Mellay,
11 mai [1551.]

MADAME mon allyée,
j’ay veu la lectre que m’avés escripte, & ce que m’avés mandé, que madame Claude s’est trouvée mal ceste nuyct de sa toux, dont nous sommes tous marrys; toutesfoys s’est une malladie que n’est poinct dangereuse, veu que madame sa seur aisnée en a heu de ceste fasson. La Reyne vous en escript son advis. Il me semble que vous ferés bien de prandre une bonne résolution pour ne mectre plus les chouses en doubte. Je me fieray plus en vostre oppinion que en celle des médecins, veu mesmement la quantité des enfans que vous avés heue. Parquoy, madame mon allyée, vous regarderés les chouses qui sont plus nécessaires & le ferez. Vous ferés bien plaisir au Roy & à la Reyne de leur mander bien souvant des nouvelles de leurs enfans; qui sera fin de ceste lectre, après avoir présenté mes recommandations d’aussi bon cueur à vostre bonne grâce, que je prye nostre Seigneur vous donner, madame mon allyée, bonne vye & longue.

A Mellay,
ce XIe jour de may.
Vostre amtyèremant bone alyé & amye.
DIANNE DE POYTIERS.

Le Vergier,
3 juin [1551.]

MADAME mon alyée,
j’ay receu la lectre que m’avés escripte & entendu par icelle la bonne santé de Messeigneurs & Mesdames, de quoy je suys très aise, & mesmes de ce que Monsr d’Orléans se treuve bien d’avoir changé de nourrisse. Il me semble qu’on luy debvoit avoir plus toust ousté celle qu’il avoit voyant que son laict ne luy estoit bon; vous merciant bien fort la poyne que prenés à me mander souvant de voz nouvelles. J’ay parlé au Roy & à la Royne pour sçavoir ce qu’ilz volloient fère de la dicte nourisse, lesquelz m’ont dict qu’ilz ne volloien point qu’elle bougea pour encores d’auprès de Monsr, voyant les services qu’elle a faictz à mondict Sr d’Orléans; toutesfoys, je suys d’advis que vous leur en escripviés pour en sçavoir myeulx la vérité, & aussy pour vostre descharge; je vous prye de l’avoir pour recomandée de vostre cousté, car, quant à moy, je ne l’oblieray point en tout ce que je luy pourray faire plailir, voyant le bon debvoir qu’elle a faict; que sera tout ce que je vous escripray pour ceste heure, après m’estre recomandée bien fort à vostre bonne grâce; priant nostre Sr vous donner, madame mon alyée, bonne vye & longue.
Du Vergier,
ce IIIe jour de juin.
Vostre antyère & bone alyée.
DIANNE DE POYTIERS.

 

MADAME mon alyée,
j’ay receu la lectre que m’avez escripte, & veu par icelle le bon portement de Messrs & Mesdames, que j’ay faict entendre au Roy & à la Royne, de quoy ils ont estés bien fort aises; toutesfoys, voyant les malladies qui sont survenues, ilz ont deslibéré de les ouster de là & les faire aller à Escouan, ou à Maisons. Il me semble que Monsr ne s’est jamays bien trouvé audict Escouan, vous regarderés lequel des deux lieux sera le meilleur pour leur santé comme le Roy vous mande. Je suys bien ayse des nopces que vous avez faictes de Courtebonne, laquelle, vous asseure, mérite beaucoup de bien pour la vertu & honnesté‚ qu’est en elle. J’ay parlé au Roy pour luy fère avoir ses robbes, lequel a commandé qu’elle les heust. Je vous prye me faictes part de voz nouvelles bien souvant; &, en tout ce que me voudrés emploier pour vous faire plaisir, vous me trouverés d’aussy bon cueur à vostre commandement que je me recommande bien fort à vostre bonne grâce; priant nostre Sr vous donner, madame mon alyée, bonne vye & longue.

A Ennet,
ce XXIIIIe jour de septembre.
Vostre byen antyèremant bone amye & alyé.
DIANNE DE POYTIERS.

 

Joinville,
12 avril [1551-1552.]

MADAME mon alyé,
j’ai receu les lectres que m’avés escriptes, & par icelles entendu la bonne senté de Mesrs & Mesdames, de quoy je suys très aise; on m’a dict qu’il y avoit quelque dangier à Bloys de la peste, je vous prye, vous y prandré bien garde, &, quant vous congnoistrés qu’il y en aura, deslonger de bonne heure de peur des mouvemans qui peuvent advenir. Au reste, madame mon alyée, je vous puys assurer que la Royne se porte fort bien à ceste heure, Dieu mercy, & hors de dangier. Mays je vous puys bien dire que jamais personne ne fust si mallade, sans mort, qu’elle a esté, de sorte que ne luy espérions plus vye, & croy que les nouvelles que nous avons heu ce matin l’achèveront de guérir, lesqulles ne sçauroient estre meilleures; c’est de la prinse de Mays que s’est rendu il y a deux jours, de sorte que noz gens sont dedans, qu’est ung des plus grandz biens qui nous fust peu advenir, car s’il l’eust fallu prandre par force, ce ne fust pas esté‚ sans perdre beaucoup de gens de bien. Il me semble que nous sommes bien tenuz trestous à Nostre Sr & luy debvons bien rendre grâces du bien qu’il nous faict; je le supplie qu’il donne grâce au Roy de venir au dessin de ses entreprinses & finnir de bien en myeulx son voiaige; & en sest endroict, je m’en voys recomander bien fort à vostre bonne grâce; priant Nostre Sr vous donner, madame mon alyé, bonne vye & longue.
A Joynville,
ce XIIe jour d’apvril.
Vostre antyèremant bone alyé & amye.
DIANNE DE POYTIERS.

 


Anet,
16 juillet [1552.]
MADAME mon alyée,
j’ay receu voz lectres que m’avés escriptes ayant esté‚ bien aise d’avoir entendu de voz nouvelles & de la bonne chière que vous faictes, & aussy de ce que Messrs & Mesdames se portent si bien que me mendés, de quoy je loue Dieu; &, pour vous faire entendre des myennes, je vous advise que m’en estoys venue en ce lieu pour quelque temps, où je ne me faschoys, car il y faict pour beau, & vous y souhaicte pour deux heures, tant seullement pour vous y faire menger des formaiges & burre que faict vostre Picarde, laquelle, je vous assure, faict tousjours bien son debvoir. Je m’en partz lundy prochain pour aller trouver la Royne, à cause que le Roy s’en revient de son camp; & si, estant là, me vollés emploier en quelque endroict pour vous fère plaisir, vous me trouverés tousjours d’aussy bon cueur à vostre commandement que je m’en voys recommander bien fort à vostre bonne grâce; priant Nostre Sr vous donner, madame mon alyée, bonne vye & longue.

A Ennet,
ce XVIe jour de jullet.
Vostre antyère bonne alyé & amye,
DIANNE DE POYTIERS.

 

Villers-Cotteretz,
27 août [1552.]
MADAME mon alyée,
j’ay receu la lectre que m’avés escripte, par laquelle me mendés comme monsr d’Orléans est bien guéry, de quoy je suys si aise qu’il n’est possible de plus, & aussy de ce que Messrs & dames font bonne chière, de quoy je loue Dieu; vous advisant, madame mon alyée, que j’ay faict voz excuses au Roy de ce que ne luy escriptes dernièrement, & qu’on despecha la poste sans actandre voz lectres, que ledict Sr a trouvé fort estrange, voyant la charge que vous avés de mesdicts Srs & dames; & de ma part je suys esbaye comme l’endurés; & m’a ledict Sr dict qu’il n’est pas d’adviz que souffrés plus qu’on vous face telles chouses pour la fiance qu’il a en vous; par quoy regardés d’y remédier suyvant sa vollenté, & me semble que le myeulx que vous scauriés faire c’est d’escripre souvant au Roy, la Royne & monsr le Connestable, & les advertir de tout ce qu’il surviendra; je m’asseure que désormays y mectrés si bon ordre que vous ne serés plus en ceste fascherie; vous assurant bien que, en tout ce que me voudrés emploier, vous me trouverés tousjours vostre meilleure amye, & d’aussy bon cueur que je m’en voys recomander bien fort à vostre bonne grâce; priant Nostre Sr vous donner, madame mon alyée, bonne vye & longue.

A Villiers-Costeretz,
ce XXVIIe jour d’aoust.
Vostre entière bonne alyée & amye.
DIANNE DE POYTIERS.