MADAME DE MONTAYGU

A MADAME MA BONNE AMYE, MADAME DE MONTAYGU.

[? Anet, février 1553-1554.]

MADAME ma bonne amye,
l’on me vyent de donner la rellasyon de la povre juene royne Jehanne, & ne me suys peu retenir de plourer à ce doubs & résigné langaige qu’elle leur a teneu à se derenyer suplysse, car jamès ne vyt-on sy doulce & acomplye pryncesse, & vous voyés qu’est à elles de péryr sous les coups des meschans. Quant donques me vyendrés vous ysit vysyter, madame ma bonne amye? Estant byen désyreuse de vostre veue, quy me ragalardyroyt en tous mes chagryns que fuysse-t-yl, que montant tout vous poyse & se tourne à mal contre vous, & byen voyés se qu’advyent soventes de monter au derenyer degré, quy feroyt croyre que l’abyme est en hault. Le mesagier d’Engleterre m’a raporté plusieurs beaux abylemens de se pays, esquels sy me venés voyr, promptement voyr, aurés bonne part, quy vous doybt byen engagier à partyr du lyeu où vous estes & fère astyvement vos presparatyfs pour me demourer quelque temps, & doneré bon ordre pour qu’yl vous soyt pourveu à tout; ne me poyés donq de belles parolles & promesces, mès je veus vous estrayndre à deus bras pour de vostre présence estre seure; sur quoy remetant à se moment de vous embrasser, je suplyray Dieu très desvotement, qu’yl vous garde en santé, sellon le dessyr de
Vostre afectyonée à vous aymer & servyr,
DIANNE.

A MADAME DE MONTAIGU.

[S.D.]
MADAME ma bonne amye,
j’ay veu hyer, comme le désiryez, vostre pauvre seur, à laquelle ay teneu longs & prudens propos, au subjet de son mariage & luy en ay faict veoir les dangers, & que estoit peu d’estat à fayre d’un homme quy ne s’est descoustumé d’acointer à femmes de maulvaise vye; mays, conbyen que luy en ay dit, crayns-je byen que de toutes ces parolles n’ayt esté définitivement que fumée & n’aloit, je pense, tout ce que j’ay peu dyre de pys, audlà de la fygure de vostre pauvre seur; & jà s’y tenoit pour tant afligée que je n’y ay peu longtemps persisté, & n’y peut d’ailleurs avoyr d’espérance d’un changement à cœur aine pris, sy vous en viens-je advertyr que je ne voys plus ryens à fère que de la laysser aler à son inclination qui trop viendra & la pousse vers ledit mariage pour que l’on puisse l’en désuader, je n’oublyray néantmoins de l’entretenir encores à cet endroit, vous voulant donner toute preuve de ma bonne dévotion à vous servir, quy s’en ira tousjours augmentant comme l’affectyon de vostre bonne amye à vous obéyr,
DlANNE.