MONSR D’URFE


DOUBLE DE LA LECTRE QUE 
Mme DE VALENTINOYS 
A ESCRIPTE A MONSRr D’URFÉ 

Saint-Germain-en-Laye,
5 juin [? 1550.]

MONSr D’Urfé,
j’ay receu la lectre que m’avez escripte du XIIe jour d’apvril, par laquelle ay veu que vous avez bien fort esté tourmenté de la collique, de quoy j’ay esté‚ bien faschée; si est ce que je pense mainctenant, au plaisir de Dieu, que cela sera passé & que serez remys en entière convalescence, chose que je désire autant que de personne de ce monde ; je vous prye me faire mander ce qu’il en est. Au demourant, monsr D’Urfé, je vous mercye autant qu’il m’est possible de la paine que prenez pour moy en mon affaire de la conté de Cluz, lac & territoyre de Pérouze, pour le faire entendre à nostre St Père; j’ay veu que vous avez faict mectre les pièces entre les mains de monsr le cardinal Crescence pour les veoir, & après en faire son rapport à nostre dictSt Père, qui m’est ung grant contentement pour l’asseurance que j’ay d’en avoir bien tost des nouvelles avec vostre bon ayde; & pour autant que ce m’est ung affaire qui m’est de grant importance, comme vous sçavez, & duquel je désireroys bien avoir yssue, je vous prye, monsr D’Urfé, autant qu’il m’est possible, de y tenir si bien la main que bien tost je saiche l’entière résolution de ce qu’il s’y sera faict, & quelle récompence on me vouldroyt bailler par deça. J’escriptz à monsr le cardinal Du Bellay que vous luy communiquerés cest affaire, ce que je vous prye de faire, affin que de son costé‚ il s’ayde à le faire dépescher. Ayant esté bien aise de ce qu’avez faict tumber l’abbaye de St Désir de Lisieulx entre les mains de ma parente, comme aussi la voulenté du Roy estoyt telle, je ne vous feray plus longue lectre, si ce n’est de vous pryer encores une foiz me faire entendre de vostre santé le plus tost que pourrez, ensemble me mander bien au long de ce qui se sera faict à mondict affaire, pour me oster de la paine où j’en suys; &, en ce faisant, je vous assure que me ferez bien plaifir, lequel je recognoistray en aultre endroit où me vouldrez employer, & sera d’aussi bon cueur que je me recommande en vostre bonne grâce, pryant Nostre Seigneur vous donner, monsr D’Urfé, ce que plus désirez. 

A St Germain en Laye, 
ce Ve de Juin.

Je vous prye, mandez moy en quoy il tient que la dépesche de madicte parente ne se facse, veu que le tout luy est accordé; je vous prye y tenir la main à ce qu’elle se puysse avoir le plus tost que sera possible.