Diane’s Will

TESTAMENT DE FEUE DAME DIANE DE POITIERS, DUCHESSE DE VALLENTINOIS.

AU nom de Dieu, du Père, du Filz & du benoist Sainct-Esperit, & de la glorieuse Vierge Marye, mère de Dieu, & de tous les Sainctz & Saintes de paradis, noz advocatz & intercesseurs envers luy à nous faire pardonner de noz faultes & péchez, depuys nostre naissance jusque à la fin de nostre vye, en attendant le passaige qui est divers à tous humains, saine de noz entendemens & de mon corps, moy, Diane de Poitiers, ay bien voullu faire cestuy mon testament & déclaration de ma dernière volunté, tant pour faire pryer Dieu, Nostre Seigneur, pour mon âme, & enfans & héritiers qui me succèderunt & jouyront de mes biens leur faire entendre ma dernière volunté, afin de n’en prétendre aucune excuse pour eulx, ny par ignorance de ce que leur ordonne & dispose icy après; &, sy aulcun d’eulx, ou tous ensemble, yroict au contraire, & n’accomplisse icelle mienne & dernière volunté, dès à présent, je prive celluy ou celle qui contreviendra encontre de mon intention, & les prive de tout mon bien & le donne auz Hostelz-Dieu de Paris, de Chartres, de Rouen, de Lyon, de Grenoble, d’Avignon, d’Estoille, de St-Vallyer, d’Ennet, parce que je ne cuyde faire chose préjudiciable à mes enfans, veu les biens que je leur laisse, & que cest bien venant en partye de mon labeur, que j’en peulx bien disposer d’une petite portion comme il me semble; & celluy j’estime mon vray héritier, qui le trouvera bon, car c’est de mon bien que j’ay acquis, autrement je les prive de ma succession, s’ils ne veullent accomplir ceste mienne volunté, de ce que j’ordonneray cy après.

Et premièrement, je veulx & ordonne que, en quelque lieu qu’il plaira à Dieu m’appeller, que mon corps soict emporté cinq jours après mon décedz, au lieu où j’ay esleu entre enterrée, que je pense, sy ma volunté ne change, que sera au lieu d’Ennet, où je faictz faire une esglise, sy j’ay le temps de ce faire. Mais sy elle n’est commancée, j’ordonne à mes héritiers de ce faire, & leur en donne le moyen où je veulx que l’argent soict prins pour la faire, ou je charge mes deux filles, ou leurs héritiers, enfans les plus prochains d’eulx, prye n’y faillir, & que les fraiz & despences soient faictz par ensemble, jusques à la somme de vingtz mil livres, dedans deux ans après mon décedz & non plus tard; et dedans icelle ferez faire ung tumbeau, sépulture de marbre, faict à mes armes & devises bien faictes, où dedans j’entends y estre mise, sy je ne change d’opinion, où mon cueur sera mis & amené après, avecques celluy de feu monsieur le grand sénéchal, mon mary; cependant que ma sépulture & esglize soict faict, je veulx que mon corps soict gysant dedans la grande esglise d’Ennet, dedans ung tumbeau de bois, painct à mes armes & devises, en attendant que ma sépulture soit faicte, à celle fin que tous mes subjectz pryent tousjours Dieu pour moy; & veulx & entends que, dès le lendemain de mon trespas, qu’il me soict dict cent messes, s’il se peult faire, sans les troys grandes messes que j’entends estre dictes, comme l’on a de coustume, & le libera & comandataire des morts avecques vigilles & le reste comme l’on a de coutume; & pour chacune petite messe trois soldz; & entends que, quand l’on fera mon convoy, que sy l’on est en lieu pour en avoyr, que l’on y appelle les quatre mendiens; &, sy c’est en lieu de n’en pouvoyr avoyr sans grands fraiz, je veulx leur estre envoyé à leur couvent vingtz livres, qui seroict, pour quatre, quatre vingtz francs, à la charge qu’ilz me diront, à leur couvent, ung service des morts, pour le repos de mon âme & que Dieu aye pytié de moy. Mais j’entends que ce soict pour les plus pauvres couventz qui soient, sy n’y peuvent assister à mes services. Plus j’ordonne à mes exécuteurs de faire habiller cent pauvres, des lieux au lieu auprès où je mouray, de troys aulnes de drap blanc pour robbe & chapperon; & aussy leur sera délivré à chacun ung cierge de cyre blanche de livre & demye, qu’ilz tiendront à la main, leur fera aussy donné ung chappelet de patenostres, qu’ilz tiendront en l’autre main, que diront pour moy en l’honneur de Nostre-Dame, mère de nombre Saulveur, & la requérant estre mon advocate envers luy; &, sy d’adventure je déceddois à Paris, je veulx que mon corps soict porté à l’églize des Filles Repenties, & que là me soict faict ung service ce des trespassez, comme l’on a accoustumé de faire avec les commandataires, vigilles & le libera, comme ilz sont quand elles enterrent des relligieuses, &, autres oraisons qui appartiennent en cela; & à celle fin qu’ils ayent meilleure volunté à cela, je leur donne cinq cens francs pour achepter quelque rente; pour tous les jours me fera dict à leur couvent une messe basse, & après celle de monfieur de Rocquan, l’heure qu’il y aura plus de gens, & après : Domine non secundum peccata, disant l’une à l’autre: Pryez Dieu pour Diane de Poytiers. Après, sy estes à Paris, ferez dire ung service à ma paroisse de St-Honoré, de troys messes, vigilles, libera, avec cinq petites messes, comme sy mon corps estoict là; & aux quatre mendiens aultant, & aussy à l’Ave Marya aultant, & aux Filles Dieu; et le plus tost que tout cela sera faict, que mon corps soict emporté là où je veulx estre enterrée. Et, sy de cas d’adventure que ma mort ne soict à Paris, & que ce feust en autre lieu, je veulx estre portée à la plus prochaine église où je seray, & y faire dire les cent messes basses & faire le service des troys messes, vigilles, libera & autres choses qu’il est requis, tant de jours que y demeureray; mays, le plustost que faire se pourra, que je sois portée là où il fault que je sois enterrée; & mès que icy sois donnans l’aumosne tous les jours aux pauvres, allans & venans, oultre ceulx qui auront les robbes blanches, tant pain que vin, & laisse à chacun. Le reste qui sera des cérymonyes, je laisse à mes héritiers, mais le moings de triumphe que l’on pourra, qu’il en soict faict; & m’en rapporte à mes enfans & à mes exécuteurs, mays que je sois bien servie en l’esglise; je me contenteray des pompes de ce monde.

Et, après que tous mes services & enterrement sera faict, en attendant que ma sépulture soict faicte de pierre, l’on fera ung tumbeau de bois, painct de mes armes & devises, là où sera mys mon corps, à icelle fin que mes subjectz pryent Dieu de plus grande affection; en attendant que ma sépulture de pierre soict faicte & que mon corps soict encores sur terre, je veulx que l’on dye cinq messes basses tous les jours, en l’honneur de la Passion de Nostre Rédempteur, & faire l’aumosne à cinq pauvres trouvez, donnant cinq deniers, disant: Pryez Dieu pour Diane de Poitiers. Plus les jours de lundy de chacune sepmaine qu’il soict dict ung service de mors complet: assavoir vigilles, & les troys messes, & libera. Et quand le bout de l’an, l’on fera comme de mesmes, comme l’on avoict faict quand je mouruz, rester les cent pauvres vestus, mays bien donner l’aumosne aux pauvres allans & venans, la somme de cent livres bien fidellement baillée. Et sy ma sépulture n’estoit faicte encores, l’on continuera, comme l’on a faict tout l’an, jusques adce qu’elle soict faicte; & que mes héritiers s’advancent de la faire achever, & de l’heure qu’elle sera faicte, je veulx estre dedans mise; & après mes chanoines disent selon leur fondation par moy faicte, & qu’il soict continué pour jamays, sy l’on peult faire & continuer, comme ilz en sont chargez en leur fondation, par moy ordonnée pour pryer Dieu pour monsieur mon mary, & moy, & mes bienfaicteurs, & enfans, père & mère, & frère, seurs, & mes amys, en récompense de n’avoyr faict mon debvoyr, estant en ce monde. Aussy je veulx que tous mes serviteurs & servantes soyent tous habillez de dueil, tant robbe que chapperon & crevechez, selon leurs qualitez, estans auprès de moy, tant présens que absens, qui ont gaiges de moy, tant Dauphiné, que & ailleurs; & aussy je leur donne une année, à chacun, de leurs gaiges pour chercher maistre.

Aussy je ordonne que toutes mes debtes soient entièrement payées, & en charge mes héritières & héritiers, sur peine de les priver de leur légitime, & que mes créditeurs s’en tiennent pour contans, & que mon âme en soict deschargée; mais que ce soict le plustot que faire se pourra, suyvant mon intention, autrement je les prive de tout ce que leur peult appartenir; & que mes exécuteurs en soict creuz pour ce faire comme je leur remectz sur leurs consciences, & entendz que mes enfans useront de bon conseil pour satisfayre à cecy, ou bien ilz venderont la terre moings dommageable, pour y satisfayre.

Et pareillement je veulx que mes filles, & ceulx que se melleront de leur partaige, prennent de sy gens de bien qu’ilz ne mectent nul discord entre elles deulx; mais qu’elles partent teste pour teste, sans faire tort à l’une plus qu’à l’autre; & celle qui yra au contraire, je la prive de tout ce que je luy puys donner, & le donne à celle qui suyvra ma volunté; & qu’elle soict de la relligion bonne & antienne & catholicque, comme mes prédécesseurs ont faict; & aussy j’entends que le partaige qui a esté faict des terres de feu mon mary ayt lieu par tout ce qui me peult appartenir, aultrement je ne trouverois bon de rechanger, car je donne des acquestz & conquestz que je n’eusse faict à la terre d’Ennet, tant des grands bastiments que autres choses que ne se peult nombrer.

Pour aultant je veulx que mes filles partent du bien que j’ay au Daulphiné, Languedoc, Viverestz, autres terres, que je tiens de père & frère, estant amys, par testes, selon qu’il sera dict par gens de bien & d’honneur, sans se mectre à nul procès, & qu’il n’y aye nulle faveur, tant d’ung costé que d’autre, & qu’ilz seront estimez de gens à ce cognoissans à cause de l’amityé que je porte à monsieur d’Aumalle, mon filz.

Et quand au bien que j’ay en France, en Normandye, Val de Galye & Champaigne, je veulx que ma fille Françoise, mon aisnée, aye les terres de Beyne, Lymours, Breuille, Arcys, Rouvray; & ma fille Loise, Ivry, Breudepont, Garannes, Boncourt; & qu’ilz se contantent chascuns de ses terres, sans dire l’une vault plus plus que l’autre, car c’est mon intention d’en faire ainsy; & veulx que toutes deux jouyssent de toutes mes terres que j’ay en cest endroict nommé, qu’elles en jouissent comme je faisois moy, en toutes les façons que se peuvent faire; & quand aux terres de Lymours & Beyne & autres terres, que je vins perdre par procès, sy de cas d’adventure j’en estois évincée, je veulx qu’elle aye recours aux biens de sa seur Loyfe, cinquante mille francs pour sa perte. Sy elle n’en est évincée dedans six ans après ma mort, ne luy en sera donnée récompence, par quoy fault que chacun garde le bien l’un de l’un de l’autre. Et voyant que ma fille Françoise duchesse de Buillon, n’a une telle maison que celle d’Ennet, & que j’ay employé beaulcoup de deniers pour la faire, je donne la terre de Chaumont & toutes ses dépendances, comme j’en joys, & en la mesme qualité que la reine Catherine femme du roi Henry me l’a baillée pour l’eschange de Chenonceau, a ma fille Françoife de Breczé, pour en faire à son plaisir & la bailler à quel de ses enfans luy seroict le plus obéissant; & sy l’autre de mes filles Loyse ou ses héritiers en iront faire instance, je révocque tout le bien que je luy ay faict, tant au Daulphiné qu’aillieurs; & donné tout ce que je puys donner à ma fille Françoise comme l’aisnée, & comme c’est ma volunté que celle qui ne se contentera des biens que je luy faictz, je les donne à l’autre, ne le permect, je les donne à l’hostel Dieu de Paris, sy elles ne veullent trouver bon ce que je faictz; car je leur donne assez de bien pour se contanter, sans ce mectre en fâcherye les unes & les autres; autrement s’ilz le font, ceulx qui yront au contraire, je les prive de tout mon bien & le donne aux hostelz Dieu de Paris, de Grenoble, d’Estoile, d’Ennet, de Rouen, & pour suyvre ma volunté, je désire que l’on prenne troys personnes de leur costé & deux autres par dessus, pour en juger à la vraye vérité; & sy cella ne les peult accorder, je les donne au Roy, ce que sera en contention; & qu’il luy plaise faire pryer Dieu pour mon âme, comme pour sa plus affectionnée & très humble servante & subjecte. Et après avoyr considéré [que] aux enfans que ont mes deulx filles sont venuz & sont sortis beaulcoup d’enfans, dont ma fille Françoise en a deux filz masles, Loyse en a quatre, dont je les charge, sur toute l’obéissance qu’ilz me doibvent porter, que ceulx qui seront de la nouvelle relligion, je les excludz de ce bien là, & le donne à toutes leurs filles qui ne le feront; & que ma fille Diane de Lorraine & de d’Anville en ayent elles deux la moictyé, & les autres seurs, qui ne seront relligieuses, le reste, par tel sy que, quand elles seront marryées, que leurs enfans mectront ung escusson de leurs armes. Mais je n’entendz que les filles qui tiendront la nouvelle relligion soient du nombre; & sy de cas d’adventure les filz, venans de mes filles, retournoient à estre gens de bien, & qu’ilz ne tinssent plus de ceste mauvaise secte, je ne vouldrois leur faire tort, & mettront l’escusson de mes armes au leur; mais s’ilz meurent en ceste méchanceté, je les prive de tout mon bien, & le donne à l’hostel-Dieu dont j’en faictz mention ycy devant, & les peuvent demander comme chose à eulx acquise par le deub de ma volunté, & comme bien que j’ay acquis.

Plus veulx que l’hostel-Dieu, que je comance à Ennet soict achevé, et fondé de troys cens francs, & que mes deulx filles ce accordent à cela, & qu’il soict payé par moictyé des fraiz qu’ilz ce feront pour l’achever; & ce mectent les treize pauvres femmes & cinq filles que l’on mectra pour apprendre, & demeureront jusques à dix ans; & que ce soient les plus pauvres de mes terres que l’on trouvera, qui n’auront père ne mère; &, après dix ans, on leur baillera dix francs pour les maryer & mectre à rentes, jusques ad ce qu’elles trouvent mary; & quand on les mectra à l’hostel-Dieu elles auront sept ans, & comme elles deviendront grandes, l’on les sortira d’an en an.

Plus je donne à mes chanoines, que je funde à Ennet, quatre cens livres de rentes; &, en attendant que leur soict baillé terre vallant cela, je leur donne douze mil livres pour achepter de la rente de quatre cens livres de rente, ou ce qu’il en pourra avoyr de douze mil francs; & cela sera prins sur une maison qui sera affectée pour mes fundacions, qui est mon hostel de Paris nommé Rocquancourt, que je là donne pour funder mes chanoines & hostel-Dieu; & ceulx de mes héritiers qui la vouldra avoyr baillera trente mil francs, & les meubles qui seront dedans & la maison yra tout ensemble, par ce moyen il n’y perdra riens; & s’ilz faillent à ce faire, je n’excepte que Boncourt pour ma fille Loyse, & Marc pour ma fille Françoise, que ou ilz faillent de leur achepter les terres qu’il conviendra achepter, selon la vallue de trente mil livres, tant pour mes chanoines & hostel-Dieu, deux ans après, s’ilz ne l’exécutent, selon ma volunté & fundation, je ordonne à mes exécuteurs, icy nommez, sy mes héritiers faillent de faire dilligence à exécuter les charges de mon testament & qu’il y aye de la dispute en cela, j’ordonne qu’il me soict vendu la plus proche des terres, tant de ma fille Françoise que de Loyse, pour satisfaire à cela, & que les terres que l’on acheptera pour mes chanoines & hospital soient le plus près d’eulx que faire se pourra.

Et sy, pour la sollicitude que pourront faire mes exécuteurs envers mes héritiers, & n’acccomplissent ce que j’ay donné, je veulx que par rigueur de justice que ilz soient mes héritières contrainctz, & prens en mon ayde le procureur du Roy, pour estre à mon ayde & faire joyr de la puissance que je donne à mes exécuteurs, & les prye de prendre le meilleur de mon bien & terres pour ce faire; & à ceste occasion je donne au procureur du Roy, sy mes héritières faillent d’exécuter ce mien testament, cinq cens francs, pour faire les mises & deppences pour faire accomplir ce que j’entends que mes héritières facent après mon décedz;

Le plustost que faire se pourra, que l’on envoye au Daulphiné, & que l’on mande à tous mes officiers de faire dire par mes terres les services que s’ensuict, & faire pryères par toutes mes terres: c’est assavoir, ung service solempnel avec les commandataires des morts; & que, à chacune place soict délivré aux plus pauvres de ceulx qui ne peuvent gaigner leur vye, dix francs. Aussy sera délivré troys cens francs pour marier de pauvres filles, qu’ils n’ayent chose du monde pour les départir ainsy qu’il sera bon de faire, & que ce ne soict par faveur de personne, mays pour acquiter & comme l’aumosne sera le mieulx employée. J’ordonne que à St-Vallyer mon service soict tout ainsy faict que sy mon corps y estoict enterré, avecques cens pauvres vestuz de blanc, pour l’honneur de Nostre Dame, & que on leur baille à chacun, ung chappelet à la main, & les dira à ma dévotion pour moy & pour tous ceulx qui me touchent.

Et veulx & ordonnne que, par mes héritières, soit baillé & donné à l’hostel-Dieu d’Estoille, la somme de cinq cens francs, pour satisfaire, s’il y avoict faulte que je n’eusse faict & accomply ce que monsieur mon père & frère m’ont chargé de faire; & que l’argent soict mis aux choses les plus nécessaires pour l’augmentation dudict hostel-Dieu d’Estoille; & charge à mes filles héritières, s’il y a quelque chose qu’il faille à exécuter aux deulx testamens de père & frère, dont ilz me pourroient avoyr chargé, sy je ne l’avoye bien accomply je vous commande de le faire; s’il y a de ma négligence, j’en demande à Dieu pardon, car ce n’est faulte de bonne volunté; & vous commande, à mes deulx filles, ne faillir à tout ce que je vous ordonne, sur peine de désobéissance, & en descharge ma conscience; & sur tout que les services de mes prédécesseurs soient continuez, comme leur testament le porte. Et, pour accomplyr ce mien testament, je veulx & entends que mon nepveu de Meaulx & monsieur le président d’Orsay soient mes exécuteurs avecques le procureur du Roy, seullement pour tenir la main que mon testament soict accomply de poinct en poinct, auquel je donne entière plaine puissance de l’accomplir & faire accomplir selon les clauses que j’ay mises icy dedans mon testament; & en reffusant mesdictes filles & héritières de ne l’accomplir comme je l’entends & comme il est escript, je donne toute & sy ample puissance à mes exécuteurs qu’il est requis en icelle affaire, & selon les clauses d’icelluy, pour ne faillir à les faire exécuter, comme j’en ay intention qu’il soict faict de poinct en poinct; &, à ceste cause, je donne puissance à mes exécuteurs sur toute ma succession; ou cas que mes héritières soient négligentes de mectre une fin, pour la décharge de ma conscience, je donne plain pouvoir à mes exécuteurs de se saisir des terres qui sont icy nommées, c’est de la terre & baronnerye de Garannes pour ma fille Loyse, & la seigneurye de Lymours pour ma fille Françoise & revenuz d’icelles entièrement; & s’ilz n’y suffisent à exécuter le mien testament, en prendre d’autres plus commodes pour y satisfaire, & charge mes exécuteurs y mectre peine de ce faire; & sy mes héritières ou héritiers en font du reffuz, je veulx que le procureur du Roy se adjoingne comme exécuteur, auquel, après y avoyr mys fin à mon testament, je luy donne pour ses peines cinq cens francs, seullement pour donner advis du tout & donner conseil pour le bien faire exécuter, sans que mes héritières n’y puissent rien faire diminuer. Aussy mon nepveu, Loys de Breczé, pour la bonne amour qu’il a cogneu que je luy ay porté, qu’il face son plain pouvoir, sans user de faveur pour, sur peine que je luy charge sa conscience & en descharge la mienne, s’il ne mect peine de accomplyr ce qui est dedans mys; & pour avoyr souvenance de moy, je luy donne ung diamant pointu, esmaillé de noir, le plus gros que j’aye qui soict poinctu; aussy je donne à monsieur le président d’Orsé douze cens francs, pour tant de peine, qu’il pourra prendre en ceste affaire; & que les fraiz qu’il pourra faire, sy mes héritiers luy en font faire à cause des reffuz, que luy soient renduz sur peine de n’estre mes héritiers; & mes exécuteurs jouiront de ses deux terres de Garannes & de Lymours, & les vendront s’ilz ne veullent exécuter mon testament & les convertyr ad ce que je ordonne; que je m’asseure qu’ilz n’en feront difficulté, sinon je requiers encores le procureur général du Roy, nostre sire, à Paris, y tenir la main, porter ayde & faveur ad ce qu’il conviendra faire pour le mien testament, selon que mes autres exécuteurs l’advertiront, & leur en charge & descharge ma conscience, s’ilz font autrement qu’ilz ne doibvent. Aux choses qui concernent ma dernière volunté, de poinct en poinct & entière disposition de mon corps & entendement, j’ay signé de ma main & scellé de mon scel. Faict le jour des Roys, à Lymours, l’an mil cinq cens soixante & quatre, ainsy signé:

DIANNE DE POITIERS.