MONSr DE CHARLUS

A MON COUSIN, MONSr DE CHARLUS. 

Fontainebleau,
28 août 1556.

MON cousin,
j’ay receu la lectre que m’avés escripte par ce porteur, & présent‚ la sienne au Roi, auquel j’ay faict entendre ce que me mendiés touchant les exclaves, sur quoy il m’a respondu qu’il ne se soucioit point entre les mains de qui sussent mys lesdictz exclaves, & qu’on les bailla à ceulx qui plus en offriroient; car, quant bien les Génevoys les prandront, on ne pourra dire qu’on les fortissie de cella, mays plus toust qu’on les affoiblit, pour retirer l’argent qu’ilz bailleront des dictz exclaves. Vous regarderés qui en baillera le plus, des capitaines des gallères ou bien des dictez Génevoys, & les destinerés à ceulx là, car le Roy m’a ainsi commandé vous l’escipre. Le baron de La Garde m’a encores mandé que le Sr Jordan en avoit présenté vingt mil escuz, comme verrés par sa lettre que vous envoye, vous sçaurés de luy s’il les voudra bailler, & à ce prix là les luy ferés deslivrer, car de prendre ce que les dictez cappitaines des gallères offrent, qu’est XXV escus de la pièce, ce n’est raisonnable, voyant que le tout ne viendroit que à environ XII M escus. Je vous prye y regarder pour le myeulx, & y user de dilligence, car on m’a dict que le Grand Seigneur envoye ung homme par deçà pour en faire quelques remonstrances au Roy, & je voudroys byen que cella fust vuidé avant que il fust arrivé, & l’argent que en recepvrés, donnés ordre, s’il est possible, de le faire venir par la bancque, affin que vous n’ayés tant de poyne à l’aporter; &, m’assurant du bon debvoir que ferés en toutes chouses, je ne vous menderay aultre chouse pour la fiance que j’ay en vous, & que je m’assure y garderés mon proffit, comme pour une personne quy vous ayme le plus, & que désire vous faire plaisir en tout ce que la voudrés emploier; & en sest endroict je me recommande bien fort à vostre bonne grâce; priant Dieu vous donner, mon cousin, ce que plus désirés. 
A Fontainebleau,
ce XXIIIIe jour aoust 1556.

Je vous advise que vostre fils se porte bien; il a esté mallade, mais il est guéry & est mis sur sa foy & va par la ville ; je feray tout ce qu’il me fera possible pour sa rançon.
Vostre bone cousyne & myleure amye,
DIANNE DE POYTIERS.