MONSr LE CONTE DU BOUCHAIGE

Fontainebleau,
9 février [1549-1550].

MON cousin,
j’ay receu la lectre que m’avez escripte, par laquelle j’ay entendu vostre convalessance; de quoy je suys bien fort aise & de ce que faictes bonne chière. Quant à ce que m’avés mandé pour voz affaires, le Sr De la Catellinière, présent pourteur, vous dira ce que je y ay faict & comme je m’y suys [comportée], & vous fera aussi entendre les aultres nouvelles de ceste compaignie, qui me gardera vous fère plus longue lectre, sinon de vous assurer, mon cousin, que en tout ce que vous me vouldrés emploier pour vous faire plaisir, je le feray d’aussi bon cueur que je me recomande bien fort à vostre bonne grâce & de madame du Bouchaige, ma cousine, priant Nostre Sr vous donner, mon cousin, ce que plus désirez.

A Fontainebleau,
ce IXe jour de febvrier.
Vostre antyèremant bone cousyne.

DIANNE DE POYTIERS.

Paris,
[ ? mars 1549-1550.]

MON cousin,
Nicolas Auzou, naguères recepveur de Rouveray & moy avons quelque procès & différendez touchant les submitions, en quoy ledict Auzou est obligé par la teneur du bail que luy avez par cy devant faict de ladicte terre, & par moy confirmé suyvant le contract qui a esté faict entre vous & moy; ledict Auzou dict & allègue que l’avez deschergé des dictes submitions, ce que je ne puys croire, veu que m’avez vendu la dicte terre de Rouveray avecques tout le droict que avez en icelle & au contenu dudict bail; par quoy je vous prye, mon cousin, de me mander ce qui en est; & aussy sy va un envoyé par devers vous pour avoir quelque descherge ou atestacion de vous pour luy valloir descherge que ne faciez chose qui vous préjudice ne à moy aussy; & vous me ferez bien grand plaisir que recongnoistré là où me vouldrés me employer; qui sera fin, me recommandant à vostre bonne grâce, pryant Dieu, mon cousin, vous donner ce que désirez.

De Paris.
Vostre byen antyèrement bone amye.

DIANNE DE POYTIERS

Le Plessis,
2 avril. [ ? 1550 1551.]

MONSr mon cousin,
jé veu ce que m’avez escript, &, à ce que je voy par vostre lectre‚ vous n’avez pas grant envye que nous appoinctons, puys que pour sy peu de chose qui est d’un contract vous ne voullez point faire dilligence de me le faire monstrer. De moy, je n’ay as deslibéré de passer oultre sans veoir comme les choses ont esté, car je sçay bien, sy cella a lieu, que la terre en enmoindrier de plus de deux cens livres de rente. Au regard de ce que me mandez, sy je veulx avoir argent, pour combien je me contenteray, de moy je ne vouldrois pas satisfaire à mes niepces & pour ce que m’appartient je n’eusse quarente mil francs pour le moins; mais je croy que le plus court pour moy sera d’en avoir raison par justice, ce que je délibère faire après ses Pasques, puisque les choses vont ainsy, car je me suys mises trop en mon debvoir en toutes choses pour me jouer de ses finesses; mais l’envye que j’avois d’avoir vostre amytié m’a faict temporiser jusques icy & perdre le temps: pour ce je vous mande mon intention du tout. Feray la fin priant Dieu, monsr mon cousin, vous donner ce que désirez.

Du Plessis,
ce IIe jour d’apvril.
Vostre obéyssante cousyne.
DIANNE DE POYTIERS.

As for what you ask me, if I want money how much should I be satisfied with?
For my part, I should have no mind to satisfy my nieces, and as for what belongs to me I should want forty thousand francs at the least; but I think the quickest way for me
will be to get a decision from the Courts, which I contemplate doing after Easter, 
since matters stand as they do, for I have in all things behaved too strictly
in accordance with my duty to have anything to do with such finesses. 
Only my desire for your friendship caused me to temporize until now,
and to lose time…

Romorantin,
18 juin [? 1550].

MONSr mon cousin,
pour ce que de cest heure je commence à me bien porter & que j’espère partir bien tost de ce lieu pour m’en aller à Ennet, je n’ay voullu faillir de vous envoyer ce porteur exprès pour vous en advertir, affin que, ce pendant que suys par deça, nous mectons une vuyde à nostre affaire, mesmement au différend que l’esleu Marron me fist dernièrement remonstrer pour le garentaige du bois vendu à Rouveray, que je ne pensois excéder la somme de neuf cenz livres comme autresfois vous m’aviez faict dire, dès le commencement de nostre appoinctement. Toutesfois ledict esleu dit y en avoir esté vendu pour la somme de douze cens livres, que je ne povoys croire, veu que les propos tenuz n’estoient que desdictes neuf cenz livres, qui fut cause alors retarder à passer nos dicts contractz. Ce néantgmoinz n’ayant regard à cella & pour vous fère congnoistre, monsr mon cousin, que me suys tousjours submise à toutes les gracieuses offres qu’il est possible pour estre hors de procès d’avec vous & pour demourer bons amys, & que j’ay cherché tous moyens de ce fère, encores ne tiendray-je à cella que ne soyons d’accord, mais que ledict bois ne surpasse la dicte somme de douze cens livres, que je vous promectez garentir envers ledict fermier. A ceste cause envoyez ledict esleu, ou autre personne que vous plaira ayant suffisant povoir de vous, tel que au cas appartient, pour passer lesditz contractz accordez entre nous, & je y entenderay de ma part. Et quant & quant m’envoyez présentement lectres adressantes audict fermier à ce qu’il aye à me laisser joyr de l’année qui escherra à la St Jehan Baptiste prochaine venant, comme vous avez faict de ce qui m’a esté adjugé & suyvant le convenu d’entre nous. Vous priant au surplus, monsr mon cousin, m’en mander vostre entière résolution parmy le tout, affin que selon icelle je donne ordre à mon affaire. Et en attandant me recommanderay bien fort à vostre bonne grâce, après vous asseurer que là où vous aurez affaire de moy me trouverez à vostre commendement; priant Dieu vous donner bonne vie & longue.

De Romorantin,
le XVIIIe jour de juin.
Vostre obéissante cousine & amye,
DIANNE DE POYTlERS

Romorantin,
12 juillet [? 1550].

MONSr mon cousin,
je pensois que vostre homme vint icy pour passer noz contractz, suyvant ce que dernièrement m’escripvastes par mon lacquais que vous avois envoyé, mais voiant qu’il n’est venu, & que j’espère partir demain de ce lieu pour m’en aller à Vanves près Paris, je n’é voullu faillir de vous en advertir pour vous pryer d’envoyer me trouver là pour mectre une fin à nostre affaire & hors de tout différend, & que se soit le plus tost que pourrez. Et quant & quant m’envoyez les lectres adressantes au recepveur de Rouveray pour me bailler le terme de St Jehan dernier passé, suyvant nostre appoinctement & accord. Au demourant, monsr mon cousin, je vous veulx bien advertir de ma santé, laquelle Dieu mercy est bonne, & me porte assez bien, qui est tout ce que vous puys mander, sy non me recommander bien fort à vostre bonne grâce; priant Dieu, monsr mon cousin, vous donner bonne vie & longue.

De Romorantin,
le XIIe jour de juillet.
Vostre obéissante & bonne cousine,
DIANNE DE POYTIERS.

Si madame ma cousine véoit ceste lectre, elle trouvera mes recommandacions bien fort à sa bonne grâce.

Brie-Comte-Robert,
27 août [? 1550].

MONSr mon cousin,
je suys merveilleusement marrye de veoir sy grant longueur à mectre fin à noz affaires, qui me faict vous envoyer ce porteur pour vous pryer me mander vostre deslibération & ce que voullez que j’atende encores; car de moy, je vous veulx bien advertir par cette lettre, sy dedans dix jours vous n’y mettez une fin, je y pourvoyré par autre moyen, car je ne veulx plus demourer sans sçavoir en quoy j’en suys, car cecy a trop trayné jusques icy; & que envoyez quelqu’un pour passer noz contractz, je n’atends autre chose icy que cella, pour autant que je suys près de Paris pour y mectre une fin. Vostre solliciteur estant à Paris m’a mandé que voullez venir icy vous mesmes pour passer les contractz, ce que je ne puys croire voiant le dangier qui est par le pays; par quoy je vous prye, sy n’y venez, m’envoyer l’esleu ou autre ayant povoir spécial pour passer ledictz contractz, & m’en advertissez par ce dict porteur lequel j’envoye exprès devers vous pour en sçavoir vostre dernière volunté. Qui sera fin, après estre recommandée à vostre bonne grâce; priant Dieu, monsr mon cousin, vous donner bonne vie & longue.

De Brye-Conte-Robert,
ce XXVIIe jour d’aoust.

Vostre obéissante bonne cousine,
DIANNE DE POYTIERS.

Brie-Comte-Robert,
17 septembre [? 1550].

MONSr mon cousin,
l’esleu Marron vous dira comment, suyvant nostre appoinctement, nous avons passé noz contracts, mais il ne m’a point apporté l’argent de l’année escheute à la St Jehan dernier du fermage de Rouveray, que je trouve bien étrange; toutesfois je n’ay pas voullu différer pour cella de passer ledictz contractz. Ledict esleu c’est obligé de me bailler l’argent dedans certain temps, qui me faict vous pryer n’y voulloir faire faulte, car il me fauldra encores desbourser beaucoup d’argent pour les treziesmes. Je suys très aise d’estre d’accord avec vous; ledict esleu vous dira le demourant, qui me fera faire fin, après vous asseurer que, là où aurez affaire de moy, me trouverez à vostre commendement d’aussy bon cueur que je me recommande à vostre bonne grâce; priant Dieu, monsr mon cousin, vous donner bonne & longue vie,

De Brye-Conte-Robert,
ce XVIIe jour de septembre.
Vostre obéyssante bone cousyne & amye,

DIANNE DE POYTIERS.

Château-Thierry,
25 novembre [? 1550].

MONSr mon cousin,
l’esleu Marron m’est venu trouver en ce lieu où j’estois venue veoir mon filz de Sedan, lequel m’a apporté l’argent que me debviez, dont je suys bien fort aise, de quoy sommes hors de tous différendz. Toutesfois vous ne m’aviez faict entendre les procès qu’on m’a dit estre en la terre que m’avez baillée, &, s’il advenoit que l’hyssue n’en fust bonne, vous sçavez que seriez tenu à m’en garentir; ce néant moins je ne sçay encores ce qui en est; & quant audict esleu, que me mandez pour le faire mectre en quelque estat chés Monsr, c’est une chose qui sera mal aisée pour cest heure, car vous sçavez la charge de gens que mon dict Sr a eu pour la mort de feu monsr d’Orléans; si esse, quant je verray quelque chose à propos pour luy, que, pour l’amour de vous, je y feray ce qu’il me sera possible. Non seullement en cella, mais en autres endroictz, où je vous pourray faire plaisir & service, me trouverez à vostre commendement d’aussy bon cueur que je me recommande humblement à vostre bonne grâce; priant Dieu, monsr mon cousin, vous donner bonne & longue vie.

De Château-Thierry,
ce XXVe jour de novembre.
Vostre byen obéyssante cousyne & amye,
DIANNE DE POYTIERS.

S’-Germain-en-Laye,
30 juin [? 1553.]

MON cousin,
j’ay entendu que vous trouviés mal pour la perte que avés faicte d’ung de voz enfans qu’il a pleu à Nostre Sr prandre, de quoy je suys bien fort desplaisante; mays despuys que la volanté de Dieu a esté telle, il me semble que ne vous en debvés fascher, actandu mesmement qu’en avés ung aultre, & en chemin d’en avoir davantaige; & aussi que cella vous pourroit porter domaige à vostre personne, qui me seroit ung grand desplaisir; à ceste cause, mon cousin, je vous prye, ne vous en enuyer point davantaige, car cella ne vous y serviroit de rien, & me mander bien au long de voz nouvelles, & croyre que, en ce que me voudrés emploier pour vous fère plaisir, vous me trouverés d’aussi bon cueur à vostre commandement que je me recommande bien fort à vostre bonne grâce & de madame du Bouchaige, ma cousine, à laquelle je n’escriptz point pour ceste heure, mays je vous prye que ceste lectre serve pour tous deux; priant Nostre Sr vous donner, mon cousin, bonne vye & longue.

A Sainct-Germain-en-Laye,
ce dernier jour de juin.
Vostre antyèremant bonne cousyne & amye,
DIANNE DE POYTIERS.

La Roche Guyon,
14 août [? 1553.]

MON cousin,
j’ay receu la lectre que m’avés escript, & par icelle me mandés comme vous avés trouvé des papiers qui me pourront servir pour la terre de Rouveray; vous me ferés bien fort grant plaisir de me les envoier quant serés de loysir, estant bien marrye de ce que n’avés encores moien venir par deça pour les empêchementz que vous avés de la malladie de ma cousine vostre fame; mays il se fault résoudre à la vollanté de Dieu, car vous estes assés jeunes tous deux pour avoir encores d’enfans cepandant que vous serés en bonne sancté; vous assurant bien que, en tout ce que me voudrés emploier pour vous faire plaisir, je le feray d’aussy bon cueur que je me recommande bien fort à vostre bonne grâce; priant Nostre Sr vous donner, mon cousin, ce que plus désirés.

A la Roche Guyon,
ce XIIIIe jour d’aoust.
Vostre antyèrement bone cousyne & amye,
DIANNE DE POYTIERS.

St Germain en Laye,
Ier septembre [? 1553.]

MON cousin,
j’ay receu la lectre que m’avés escripte & entendu par icelle la poyne que prenés pour le recouvrement des papiers qu’avés trouvé, qui me peuvent servir pour ma terre de Rouveray; de quoy je vous mercye bien fort, & vous prye me les envoier plus toust qu’il vous sera possible, affin que je voye s’ilz me pourront servir de quelque chouse. Au demeurant, mon cousin, quant à ce que m’escripvés que Montbrun se doibt retirer à moy pour le faire remectre en son estat de lieutenant de vostre cappitainerie du Mont St Michel, assurés vous que s’il vient m’en parler qu’il ne s’en yra pas sans responce, & ne luy ayderay en rien que ce soit: priant de croyre, mon cousin, que, en ce que je me pourray emploier pour vous faire plaisir, me trouverés d’aussy bon cueur à vostre commandement, que je me recomande bien fort à vostre bonne grâce; priant Nostre Sr vous donner, mon cousin, ce que plus désirés.

A St Germain-en-Laye,
ce premier jour de septembre.
Vostre byen antyère bone cousyne & amye,
DIANNE DE POYTIERS.

Despuys ceste lectre escripte, j’ay receu les papiers que m’avés envoyé, de quoy je vous mercye bien fort.

Amboise,
16 mars [? 1555-1556.]

MON cousin,
j’envoye mon trésorier, présent porteur, devers vous pour vous
faire la foy & hommage de certaines acquisitions que j’ay
faictes qui tiennent de vous, & aussi pour regarder ce qui
vous pourra estre deu des droictz seigneuriaulx. Je vous prie
de commander à voz gens d’adviser avec ce dict porteur ce qui
sera nécessaire & le faire dépescher le plus tost qu’il sera

possible espérant que me ferez ce plaisir, je ne vous en
feray plus long discours, si n’est vous prier de croire que
là où j’auray moyen de m’employer pour vous, que je le feray
d’aussi bonne volunté que je me recommande à vostre bonne
grâce; priant Dieu, mon cousin, vous donner bonne & longue vie.

D’Amboise,
ce XVIe jour de mars.
Vostre antyère bone cousyne & amye,
DIANNE DE POYTIERS.

Blois,
18 avril [? 1556.]

MON cousin,
j’ay receu la lectre que m’avés escripte, ensenble le consentement que avés faict pour faire venir en première instance mes subjectz en ma jurisdiction de Chenonceau, de quoy je vous remercye bien fort; & pour aultant que dans icelluy vous dictes que consentés que Chenonceau soit érigé en chastellenie, je vous advise qu’il est chastellenie il y a fort longtemps, par quoy cella me pourrait porter domaige le temps advenir, que me faict vous prier de faire ung aultre consentement, sellon la mynute que vous envoye, & rompre le premier affin que je puysse bien assurer ce faict là; il ne vous portera point de domaige, car il n’y a rien de changé que ce que dessus. Vous regarderés, mon cousin, si en quelque aultre chouse je me puys emploier pour vous, & vous me trouverés d’aussi bon cueur à vostre comandement que je m’en voys recommander bien fort à vostre bonne grâce; priant Dieu vous donner, mon cousin, ce que plus désirés.

A Bloys,
ce XVIIIe jour d’apvril.
Je vous prye mon cousyn ne vous annuyer de ryen, car sy vous avés afère de moy, vous me trouverés à vostre commandemant.
Vostre antyère bone cousyne & amye,
DIANNE DE POYTIERS.